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Cette année, le Petit Jésus a été indigènement argentin et s’est montré plutôt discret. Tout d’abord parce qu’il n’y avait pas de crèche dans mon appartement mais aussi et surtout parce que le gouvernement de la « ciudad de BsAs » n’a certainement pas jugé bon d’investir dans des décorations, les caisses du gouvernement autonome, abondamment remplies après la levée des impôts, ayant vu une main magique s’emparer du précieux butin. Plus de pesos : pas de décorations. N’exagérons pas non plus : les centres commerciaux luxueux des quartiers luxueux et les entrées majestueuses des immeubles aux toitures piscinées se sont tout de même ornés de quelques guirlandes aux branches de sapin plastifiées le tout parsemé de neige artificielle résistant aux 40ºC, de boules dorées et argentées où se reflétaient les BMW et Mercedes garées le long du trottoir et de quelques nœuds rouges surdimensionnés. Et bien entendu, TV5 monde a passé le traditionnel « Père Noël est une ordure ».
Mon immeuble s’est soudainement vidé de ses locataires, rentrés dans leurs tendres foyers provinciaux. Alors, nous avons décidé de l’occuper et de festoyer Noël comme il se doit … ou plutôt comme il se peut. Nous avons donc pris notre courage à deux mains avec ma chère Ludi et nous nous sommes engouffrées dans le supermarché, le 23 dans l’après-midi … Erreur fatale ! Malgré le fait que nous n’allions pas du tout dans les mêmes rayons – nous cherchions le thon en conserve et la bière alors que les familles venues au grand complet se jetaient sur les têtes de cochon toutes cuisinées aux herbes de Provence « made in China » et le faux Champagne – nous y avons passé toute l’après-midi, dont 2 bonnes heures à faire la queue au pesage des fruits et légumes pour 2 gousses d’ail et à la caisse « envio a domicilio ». Sans compter les 4 heures nécessaires pour livrer 3 paquets … !
Arrive le fameux 24 … où l’ambiance de Noël n’était toujours pas au rendez-vous. Il faisait beau, il faisait chaud, il n’y avait aucune activité dans mon salon ni dans ma cuisine – où s’activent toujours, au ralenti, les oncles, tantes, cousins, cousines, chien … au milieu de ma mère qui jongle entre le thé à l’Orange, celui au Jasmin, le café, le jus d’orange, le chocolat chaud, les tartines, les croissants, les confitures maison, le beurre doux, celui au sel de Guérande et le nouveau « anti-cholestérol » – et je découvre de nouvelles piqûres de moustiques sur ma peau solarisée. Envoi des derniers mails pour savoir qui vient avec qui et avec quoi.
Depuis 18h nous nous sommes converties en bonnes maîtresses de maison avec Ludi : on mets les petits plats dans les grands pour recevoir les expats abandonnés ! Et le repas s’annonce digne des trois étoiles au Guide Michelin assorties des meilleurs commentaires du Parker Wines Book avec en vedette du soir : Quiche Lorraine maison façon Fred c'est-à-dire sans gruyère râpé, toast de foie gras reconstitué et tranché par le maître de l’Art, alias Ludi – qui a fait un travail remarquable –, et Gâteau au Yaourt aux morceaux de pêches croquants censés faire oublier l’omission de la levure. Les petits rats d’Opéra rendant le ballet féerique sont constitués de rangées de « tomates cerises », de pics « jambon-gruyère » et « tomates-gruyère », de petites saucisses à la Snack-ball et d’un festival de crudités accompagnées de leurs sauces. Tout cela s’activant autour d’une fontaine de Caïpirinha faite maison – où les morceaux de citrons sont coupés les yeux fermés et la glace est morcelée dans un torchon sur la rambarde du balcon par le chef d’orchestre Pierrot La Lune et pilée avec le manche d’une louche à soupe – et de cerveza « Quilmes » mais brune pour l’occasion. Le tout sur des airs rap, cubains ou disco. Vive le Vent car Il est né le Divin Enfant !
Nous avions bien évidemment engagé un DJ pour ce gala : radioblog.com, que notre Ambasador science potter a secondé, ce qui n’a pas nécessairement plu à toute l’assemblée.
Mais l’ambiance était bonne enfant : notre guest star, Nora, amie argentine juive rencontrée au Chili par notre gauchiste a acquis sont ticket d’entrée dans notre cercle très fermé grâce à son arrivée 1/2 h en avance – ce qui reste un exploit à noter, les Argentins arrivant systématiquement en retard – et à son bouquet de fleur. Elle a été suivie de prêt par Pierrot La Lune, le gauchiste parisien « Rive Gauche », qui avait revêtu une chemise noire, alors même qu’il ne voulait pas fêter « l’arrivée d’un petit juif arriviste » et « cautionner des siècles de massacres perpétrés par l’Eglise Catholique ». Clotilde, notre clown, avait passé une heure à choisir entre son tee-shirt « tête de mort » et celui à rayures bleues – elle a opté pour le 2nd choix – et est donc arrivée en retard et sans cigarettes, mais avec son bagou habituel qui a tout fit oublier. Nous sommes d’ailleurs partis à la recherche de la drogue douce … sans réussite : alors qu’à Once les Chinois fêtent Noël dans leurs arrières boutiques, à Palermo, tout était fermé et grillagé, même le seul Chinois du coin n’était pas visible. Et enfin le p’tit dernier, l’Ambasador, s’est fait désiré – sa grandeur lui mettant la tête dans les étoiles all the time, il en avait oublié son argent ce qui rend le voyage en taxi difficile – mais s’est fait pardonner en arrivant avec un sac-à-dos de montagnard rempli de drogue liquéfiée !
Nous étions donc enfin au complet pour fêter l’arrivée dans ce monde inhumainement humain du seul être mi-homme mi-divin.
Sa naissance a été célébrée … étrangement. A coups de feux d’artifice. Sur les bons conseils de notre invitée argentine, nous sommes effectivement montés sur mon toit pour admirer un Buenos-Aires by night illuminé de mille feux. Enfin certains quartiers de BsAs seulement et à vrai dire surtout Palermo – à la grande joie de Ludi ! –. Et oui, les feux d’artifices peuvent être privés en Argentine, et heureusement, parce que sinon, il n’y en aurait jamais : trop cher ! Alors, après le parcours du combattant – rebord de piscine à passer, rambarde à escalader, échelle de secours à monter, fosse à sauter –, un verre de vin blanc à la main – qu’il a fallu monter aussi ! –, nous avons perdu la notion du temps. Pas que nous ne sachions pas quelle heure était-il plus ou moins, mais juste nous nous serions crus au 14 Juillet ou au 15 Août, d’autant plus par cette chaleur. Pas d’apparition divine ni d’Esprit de Noël. Et pourtant nous avons regardé de tous les côtés : nous jouions à la girouette pour ne pas louper une miette des fusés tirées des balcons ou des toits d’immeubles. Mes voisins de toit, pas plus hauts que trois pommes, ont d’ailleurs perdu un œil dans la bataille et pas que ça d’ailleurs lorsqu’un bout de fusée est arrivé sur le balcon du dessous, le propriétaire n’étant, apparemment pas trop dans l’ambiance. Le lendemain Clarín – le quotidien national – titrait : « 338 heridos por artículos de pirotecnia y por el impacto de corchos de botellas en BsAs », sans compter les règlements de comptes, les assassinats et autres violences conjugales ou familiales. Nous aurions bien aimé aussi attraper une de ces espèces de montgolfières en feu qui s’élevaient vers la voûte céleste et qui retombaient telles des vieux papiers cartons. Sans succès, d’autant plus que Pierrot La Lune ne doit pas voir souvent la Terre d’Amstrong que les Étasuniens rêvent de coloniser : il était tétanisé dès que l’on s’approchait à moins de 2 mètres du bord ! Et dire qu’il devait nous protéger en ce soir de fête …
Les festivités touchant à leurs fins, nous avons refait Fort Boyard à l’envers … pour terminer tout habillé dans la piscine, buvant du Champaña à la bouteille. Les mecs étaient aux anges : leur adolescence est revenue à grands pas – où n’est jamais vraiment partie – : ils faisaient des bombes, noyaient les filles et se rinçaient l’œil face aux petits décolletés qui se trouvaient agrandi par l’effet de l’eau et/ou par les jupes qui flottaient à la surface et/ou par le blanc qui devenait d’un transparent translucide. Ça a failli tourner au bain de minuit en tenue d’Adam et d’Eve lorsque Ludi a poussé un cri d’appel à l’aide, son short et sa petite culotte étant aspirés par la bouche de la piscine ! Tels Pamela et Mitch, nous avons couru à son secours, tout en prenant soin de ne pas nous décoiffer et de rester toujours autant sexy.
De retour à l’appart face à la pénurie de breuvage alcoolisé et à la volonté farouche de certains de s’étouffer avec le « Gâteau au Yaourt aux morceaux de pêches croquants censés faire oublier l’omission de la levure », nous avons sauter de mon palier à ma baignoire, histoire de ne pas recréer une mini-piscine sur mon parquet. Nues comme des vers, les filles se sont affolées comme dans les films style American Pie lorsque les mecs devenaient insistant pour rentrer, attendant depuis 1/4 d’heure sur le palier ! On a donc mis sur notre dos ce qu’on trouvait, ce qui a donné une fashionned attitude assez particulière … mais à étudier ! Et pour faire dans le logique, on a toutes mis nos maillots comme dessous sexy ! Les garçons, qui s’étaient baignés en caleçon, ont donc remis leur « costards » de Noël sans rien dessous … Chacun son truc !
Pour se réchauffer un peu, nous n’avons pas pris de chocolat chaud mais un rhum pur avec glaçon – ce qui a aidé à faire passer le poufpouf du gâteau sans trop de difficultés ! –. Et, après quelques temps de discussions incompréhensibles, chacun a regagné sa tanière, encore trempé, les bras chargés d’affaires en tout genre, s’enfonçant dans les ténèbres de la ville. Sans trembler, l’esprit du Divin Enfant servant de bouclier. Cela faisait 4h30, heure argentine, que le Petit Jésus était né. |